dimanche 10 octobre 2010

Pourquoi on parle le français (ou presque) à Verviers? (III)

3ème partie : La fin de l’empire
Le Vème siècle est celui de l’effondrement du pouvoir romain, sous l'effet des invasions germaniques et principalement des Wisigoths. Pour la Belgique, c’est celui de la grande expansion des Francs. En 406, lorsque de nouvelles masses de Germains franchissent le Rhin et pénètrent en armes dans l'empire romain, ils ne rencontrent plus guère de résistance. En fait, les légions romaines partent défendre l’Italie et délaissent la Germanie.
Plus à l’ouest, Clodion le Chevelu (Franc Salien) en profite pour installer aisément les Francs à Tournai et à Cambrai en 428-431, suite à un compromis passé avec le général romain Aetius. Les Francs sont toujours officiellement au service de l’empire qui n’a plus que quelques décennies à vivre (fin en 476 - Ravenne est devenue la capitale de l’empire moribond en 404).
Dans les régions les plus au nord, la langue des Francs se répand. L’inscription en alphabet runique de Bergakker (Tiel) trouvée en 1996 sur une épée est considérée comme la phrase la plus ancienne en néerlandais (425-450).En participant, avec les Romains, à la victoire sur les Huns aux Champs Catalauniques (près de Troyes), les Francs de Mérovée deviennent en 451 les maîtres du nord de la Gaule.
Mais dans la seconde moitié du Vème siècle, les Francs Saliens sont supplantés à l’est de la Belgique par les Francs Rhénans (qui regroupent les Francs de Francfort et les Francs Ripuaires de Cologne). En 500, les Francs Rhénans atteignent Metz. C’est Clovis qui réunit les Francs en 508, l’union faisant la force face aux Wisigoths (qui occupent l’Aquitaine) et aux Alamans (qui occupent le sud de l’Alsace et de la Lorraine).
Le vieux-néerlandais a supplanté le celte et le latin dans le nord de la Belgique : plus tard, on l’appellera le limbourgeois ; il s’étendra jusque Eupen.
Après 460, sous l’action des Francs Rhénans, le moyen-allemand, séparé par la suite progressivement du bas-allemand (auquel se rattache le vieux-néerlandais) de part et d'autre de la ligne Ligne de Benrath, s’implante à Raeren - Eynatten - Hauset. Le francique mosellan, qui fait également partie du moyen-allemand, s’introduit à Saint-Vith et aux alentours.
nb: dans les cantons de l’est, la situation actuelle - recul du limbourgeois - résulte des conditions de l’intégration à la Prusse, des suites de la 2ème Guerre mondiale et bien entendu de la création des institutions de la Communauté germanophone qui diffuse l’allemand ‘standard’ (voir à ce sujet les travaux de Léo Wintgens).
On retrouve les mêmes interrogations quant à l’influence ‘miraculeuse’ des Francs sur le développement du moyen-allemand dans l’est de la Belgique, au Grand-Duché et dans le nord de la Lorraine, considérant que les historiens contestent à présent la présence massive de ces Francs non saliens dans ces régions.
En tout cas, l’expansion progressive des Francs vers le sud de la Gaule (en jouant sur les divisions entre Burgondes et Wisigoths) n’a pas été suivie par l’introduction de la langue franque sur l’ensemble du territoire. Durant les siècles, la colonisation romaine avait été infiniment plus importante dans l’actuelle France que dans les zones septentrionales en deçà du Rhin. Après une période de bilinguisme germano-latin, la plupart des colons francs se latinisèrent mais pas l'aristocratie franque qui continua d'employer sa langue.
Clovis est un général romanisé parlant le francique. Clovis n'a pas fait la guerre à la population gauloise. Son action est de préserver les structures romaines en Gaule (l’aristocratie gallo-romaine). Il reçoit les insignes royaux de l’empereur d’Orient Anastase qui cherche une alliance contre les Ostrogoths qui occupent l’Italie (jusque 557).

Sous l’impulsion du roi Baduila (surnommé Totila, "l’Immortel"), les Ostrogoths réalisent en 543 une réforme agraire de type égalitaire en faveurs des paysans italiens.
Aux yeux de l’Eglise, Totila sera un des 'nefandissimi', un monstrueux ennemi, au même titre qu’Alaric et Attila.


La fin de l’empire romain peut-elle s’expliquer par l’effondrement de l’esclavagisme ? Dans tous les cas, les ‘invasions barbares’ apportent les germes d’un nouveau régime social dans lesquels les esclaves deviennent des personnes : les serfs qui ne peuvent être chassés de leur terre. En contrepartie, ils doivent verser une partie du fruit de leur travail à un seigneur local. C’est sous Charlemagne que le nouveau régime va s’étendre et supplanter l’ancien.
A la mort de Clovis (511), la région de Verviers est plongée dans le royaume d’Austrasie jusque 751.
Les Francs croyaient aux dieux nordiques (à Asgard et à Wotan, le dieu principal). En prétendant représenter la continuité de l’empire d’Occident, l’élite franque s’associe à la nouvelle puissance de l’Eglise catholique. Quand au peuple, il ne partage pas nécessairement le même enthousiasme comme en témoigne l’aventure de Saint Eleuthère à Tournai (mort en 531).
La christianisation de nos contrées, après avoir été interrompue durant la première période franque, n’a véritablement recommencé qu’au VIIème siècle, sous l’impulsion de Saint-Eloi (ministre de Dagobert 1er) qui envoya Saint-Remacle (né en Aquitaine) fonder en 648 un monastère à Malmédy et puis en 651 l’abbaye de Stavelot, qui reçut des terres des rois francs (diplôme de Childéric II, 670).

vitrail de l'église de Saint-Léger sous Cholet (Maine et Loire) : Childéric et son frère Saint-Léger


Avec la disparition de tout lien centralisé, le latin vulgaire disparaît progressivement au profit d’une variété locale dont proviendra le wallon influencé plus ou moins par la langue des Francs. Stavelot semble un centre de maintien de la langue romane.
[A suivre]

mercredi 22 septembre 2010

Pourquoi on parle le français (ou presque) à Verviers ? (II)

2ème partie : la colonisation franque
Verviers est à 15 km de la frontière séparant le français du néerlandais. On considère généralement que celle-ci date de l’époque romaine et est due à la présence durable des Francs Saliens (à partir de 358 après JC et davantage encore après 406, date de l’effondrement généralisé de la frontière rhénane de l’empire romain) : ceux-ci sont réputés avoir apporté dans le Limbourg et dans le Brabant belgo-hollandais une variante du germanique septentrional (devenu plus tard le bas-allemand), langue mère du flamand.
Cependant, l'histoire de l'installation des Francs dans le nord de l’actuelle Belgique reste mal connue, faute de sources historiques.
Certains faits sont quand même à considérer comme probables:
Au milieu du IIIème siècle, après plus de deux siècles de pacification, la domination romaine commence à péricliter au nord de l’empire. L’incursion victorieuse des Alamans vers la Suisse en 258 marque le début de la fin. Brusquement, le pouvoir à Rome ne contrôle plus sa frontière germanique. En réaction, l’armée romaine du Rhin proclame l’Empire des Gaules qui va durer de 260 à 274. Cet ‘Empire’ s’appuie sur les Francs.
En 275, après la réunification de l’empire sous Aurélien, les Francs (courroucés par une perte d’influence ?) ravagent Tongres et détruisent une soixantaine de vicus en Gaule (par exemple Valkenburg). Ils arrivent même à Paris. En 277, l’empereur Probus réorganise la Germanie romaine en intégrant les combattants francs dans l’armée romaine (d’après les Panégyriques latins et le récit de Zosime au Vème siècle). C’est le début d’une longue histoire…
Qui sont les Francs ?
En raison des lacunes des textes latins, l’origine des Francs s’est prêtée à de nombreuses hypothèses et légendes.
Tacite, qui se veut exhaustif dans son catalogue Germania (en 98), ne parle pas des Francs. Pour beaucoup, l’histoire des Francs s’identifie à celle des Sicambres (Sugambri chez Strabon), peuple germanique cité dans La Guerre des Gaules de Jules César. Les Sicambres occupent les immenses forêts de la rive droite du Rhin (au-delà de Cologne).
« Courbe la tête, fier Sicambre » aurait dit l’évêque de Reims, Rémi, à Clovis, roi des Francs, en 499 (?), selon l’histoire racontée un siècle plus tard par Grégoire de Tours (Histoire des Francs, II, 31).
Le nom ‘Francs’ apparaît dans Histoire Auguste (œuvre romaine attribuée par certains à Nicomaque Flavien, fin du IVème siècle) qui les situe comme ennemis en 240. En ce temps-là, Aurélien (qui n’est encore que tribun) parvient, selon le récit, à remettre les Francs à leur place, soit sur la rive droite du Rhin. Mais cet écrit date d’une époque où les Francs sont bien connus. Probus a combattu les Francs et le fils de l’empereur Constantin, Crispus, les a vaincu en 320.
Une identité entre les Sicambres et les Francs est établie dans des écrits romains du Vème siècle (Claudien, Sidoine Apollinaire). Les Romains ont effectivement combattu les Sicambres en 12 avant JC (campagne du général Drusus racontée au IIIème siècle par Dion Cassius). Les Sicambres sont considérés par les Romains comme les plus intransigeants et les plus influents des Germains (sans leur accord, Auguste ne peut pacifier la frontière du Rhin). Suétone avance au début du IIème siècle qu’Auguste et Tibère déportèrent juste avant notre ère les Sicambres sur la rive gauche du Rhin (le nombre symbolique de 40.000 est mentionné), ce qui en termina pour un temps avec la résistance des Germains à l’empire.
De cette funeste dispersion des Sicambres, on peut tirer qu’à l’époque de Clovis et sans doute bien auparavant, le terme ‘Sicambre’ serait devenu un épithète, synonyme de ‘résistant à la romanité, l’évêque Rémi l’utilisant en plaisanterie.
Une autre explication consiste à rappeler que les Francs étaient cités par les auteurs comme une appellation générique des peuples Germains, une ligue dont font partie les Saliens qui vont ensuite faire beaucoup parler d’eux.
Reprenons le fil de l’histoire :
Constantin 1er, qui règne de 306 à 337, rétablit la romanité dans la région, reconstruit les villes et les frontières. Il érige un château à Maastricht à partir des pierres des temples démolis. Tongres est reconstruite et devient siège épiscopal (caput civitatis) du diocèse. La religion chrétienne, religion embrassée par la cour de l’empereur, est introduite par un des ses proches, Saint Materne, évêque tout droit venu de la capitale provinciale Cologne. Si Verviers est encore habitée, elle devient en ce cas terre de chrétienté et reste latine. L’économie de l’esclavage survit.
A Tongres, Saint-Servais fait bâtir une première ‘cathédrale’ en 350, mais choisit d’installer ses quartiers à Maastricht.
Dès 358, les Francs dits Saliens s’installent durablement en Germanie inférieure (ou Germanie seconde comme on la dénomme depuis Dioclétien au début du IVème siècle), au nord de la voie romaine Cologne-Tongres et jusqu’à à l’Escaut (la région est dénommée Toxandrie - on tient cette histoire d’un texte contemporain). Ils y sont autorisés, venus en délégation à Tongres, par le futur empereur Julien (à l’époque césar de Constance II), en gardant leur roi, leur religion, leurs lois et leurs institutions pour autant qu'ils s'engagent à contribuer à la défense de l'empire.
Curieuse coïncidence que le tracé de la frontière linguistique actuelle (Flandre-Wallonie) corresponde approximativement à celui de la voie romaine, à deux ou trois kilomètres près jusque Hannut (la frontière remonte ensuite au nord jusqu’à Hélécine, mais nous sommes déjà en Brabant wallon) …



Une autre coïncidence aussi troublante réside dans le fait que la frontière entre le picard et le wallon épouse approximativement la frontière ‘wallonne’ entre les deux provinces romaines, la Belgique seconde et la Germanie seconde. On observe que cette limite correspond à celle du diocèse de Liège, institution fondée au IVème siècle et calquée sur les limites de la Germanie seconde, dont le centre fut à l’origine Tongres déjà évoqué et se déplaça à Liège au VIIème siècle. Le diocèse de Liège devint Principauté de Liège et disparut sous la République française qui instaura les départements.
Certains historiens répugnent à reconnaître aux Francs Saliens la paternité du néerlandais, car ils s’expliquent mal comment si peu nombreux, ils auraient pu avoir une telle influence en peu de temps. De plus, comment comprendre que leurs chefs devinssent romanisés en descendant vers le sud, passés le Tournaisis.


Pour résoudre l’énigme, une autre école affirme que la Belgique était déjà fortement germanisée avant les Romains, de sorte que c’est naturellement après la chute de l’empire que le néerlandais (qu’on pourrait continuer à appeler par commodité ‘vieux-francique’) s’est développé vers le sud jusque Bethune et Etaples au VIème siècle. Il aurait ensuite reflué vers le nord en raison de la christianisation (et ses grands domaines agricoles), en particulier en Principauté liégeoise. Mais est-il intelligible que les langues romanes ayant fait reculer le néerlandais jusqu’au Xème siècle se seraient divisées selon une frontière interne à l’empire romain depuis fort longtemps disparu: à l’ouest, le picard et à l’est, le wallon ? Le mystère reste entier !
[A suivre]

lundi 20 septembre 2010

activités en perspective

Les expositions en cours à l'Espace Duesberg rencontrent un beau succès !
Pour permettre à ceux qui n'en ont pas encore eu l'occasion de voir les photos de la Havane ainsi que le Mural pour la Paix (avant son départ pour le théâtre national de Bruxelles), une rencontre avec les artistes est organisée le samedi 2 octobre 2010 de 15 à 16 heures 30. Cette séance de clôture des expositions sera l'occasion de présenter les travaux réalisés en ateliers et d'expliquer la pédagogie appliquée. Réservation souhaitée pour le 29 septembre

Le 8 octobre 2010 à 18h30 aura lieu le vernissage de la porte de la paix d'Alain De Clerck (Espace Blavier, place du Marché à Verviers).

Les 16 et 17 ocotbre 2010 aura lieu la foire du livre politique à Liège.
Le samedi 16 après-midi, une visite en groupe est proposée. Nous serons accueillis par Jérôme Jamin qui a mené nos cafés citoyens au printemps dernier. Nous participerons à l'un des débats sur les thèmes suivants : modes d'expression culturelle des revendications des travailleurs (au départ de l'exemple liégeois dans les 70') OU l'avenir de la défense en Belgique (détails sur le site de la foire du livre).
Désignez le débat auquel nous participerons, à la majorité des opinions exprimées : inscrivez-vous provisoirement à l'un ou l'autre. Mention du résultat : le 13 octobre.

Le 29 novembre 2010, un covoiturage est proposé pour assister au café politique "Belgique, laboratoire de la désunion européenne" avec Jean-Pierre Stroobants, auteur du livre portant le même tire, correspondant du Monde à Bruxelles. Animation: Marc Vanesse (ULg). Inscription souhaitée pour le 25/11/2010

vendredi 10 septembre 2010

Pourquoi on parle le français (ou presque) à Verviers ? (I)

1ère partie : la colonisation romaine
Quelles langues a parlé la population de Verviers dans sa vie quotidienne (non pas la langue écrite, lue dans les livres, les journaux ou pratiquée dans les actes administratifs mais celle réellement usitée dans la vie courante) ?
La langue celte (ou gauloise, assez unifiée) a été présente dans la région pendant 1500 ans. Ensuite, à partir de la colonisation romaine, la langue évolué : d’abord en un mélange aux proportions incertaines entre le celte et le latin populaire, ensuite en un ‘dialecte’ roman local sous les Mérovingiens (qui n’a guère laissé de traces), puis, du milieu du VIIIème siècle jusqu’aux années 1980 (?), vers le wallon, avec une connaissance passive du français depuis 1250 tendant vers un bilinguisme de plus en plus soutenu, enfin vers le français (avec ses belgicismes) depuis 30 ans.
On constate qu’actuellement, le wallon recule à mesure de la disparition de la population la plus âgée et devient une langue morte, bientôt considérée comme patrimoine culturel. Le nombre de locuteurs en wallon a brusquement décliné entre 1930 et 1960, après des siècles de stabilité. La création de la Région wallonne, organe de l’Etat belge, n’a nullement enrayé la chute.
Verviers aurait pu devenir néerlandophone ou germanophone. Nulle prédestination en la matière : la langue est bien le produit de l’interaction entre les hommes.
Verviers est aujourd’hui proche de la frontière linguistique qui sépare le français de l’allemand. Dans le passé, elle en était plus proche encore.
Voyez l’étymologie de Stembert - stein berg, montagne de pierre, celle de Grand et Petit-Rechain - habitation (germanique, -haima) du riche, du puissant (germanique, rikja-). Plus à l’est, celle de Bilstain dont le nom signifie roche (-staina) en saillie (bili-). Ces noms ont été formés à la suite de la colonisation franque qui a poussé jusqu’au voisinage immédiat de Verviers sans vraiment s’y établir, indique Henri Pirenne.
Lorsque Jules César arrive près de Liège (-54), il y combat les Eburons (celto-germaniques), qui possèdent une forteresse à Atuatuca : peut-être s’agit-il de l’actuelle Tongres, située sur l’arrête séparant les bassins hydrographiques mosan et scaldien.
En peu de temps, Rome conquiert les Belges. Pendant trois siècles d’occupation romaine, les campagnes de la province sont au contact avec les légions et les colons qui sont venus vivre dans la région. La centralisation politique s’opère à partir de Tongres (qui sera finalement la seule grande ville romaine de l’actuelle Belgique).
Pour vivre, il faut savoir communiquer avec les occupants qui développent le commerce et l’industrie. Les colons romains parlent le latin vulgaire. Ce latin parlé, dépourvu du squelette de l’écriture, se différencie localement au contact avec le celticisme rémanent.
Par ailleurs, les Romains intègrent des dieux gaulois au Panthéon (telle la déesse Arduinna-la-Noire, chevauchant les sangliers, assimilée à Diane et source des célèbres Vierges noires).

La rurale et paisible Verviers a-t-elle échappé à la romanisation ? Certains auteurs estiment que les Romains n’ont été présents qu’à Tongres et dans quelques lieux, sans se répandre dans les campagnes. Pourtant, les traces archéologiques à Verviers ne peuvent qu’impressionner : une médaille en argent de l'empereur Hadrien trouvée en face du pont des Récollets ; une monnaie en or d'Antonin le Pieux au pied de la Montagne de Hombiet ; un trésor monétaire à Petit Rechain (50 pièces en argent, époques de Valérien et Gallien, Chaussée de la Seigneurie) ; des vestiges d’un cimetière romain en Terre Hollande ; plusieurs tombes romaines contenant des vases perdus par la suite, à l’exception de quatre acquis par J.S. Renier, actuellement au musée communal de Verviers ; quatre tombes romaines à Stembert (lieu-dit Trawa) qui fournit trois monnaies de bronze, une épingle en cuivre doré, quatre objets de bronze, deux en verre, une statuette, 26 poteries (beaucoup de ces découvertes furent abîmées durant ces fouilles d’une époque révolue) ; des vases romains trouvés à Heusy (Thiervaux, villa Laoureux) dans un tumulus aplani durant le chantier.


Au 1er siècle, Theux (appelé Tectis) et Juslenville possèdent une villa, des thermes, un temple dédié à Jupiter, Junon et Minerve, un cimetière belgo-romain (daté de 70-80 après JC). A Spa, nous découvrons d’autres souvenirs romains. A l’époque, Liège n’est guère plus développée : une villa romaine munie d’un hypocauste sur le site de l’actuelle Place Saint-Lambert.

Rien ne permet d’affirmer avec certitude que le celte aurait survécu dans les campagnes jusqu’à l’arrivée du christianisme qui fut pionnier en 330-350, mais qui ne se développa véritablement qu’après l’arrivée des moines de l’Abbaye de Stavelot à partir de 650. Le wallon ne dérivant pas du celte, mais bien du latin parlé, il faut bien envisager une longue pénétration des langues romanes dans les populations pour expliquer son essor dans la région, avant l’arrivée de l’ancien français (dialecte d’île de France, illustré par la Chanson de Roland).
A SUIVRE...

samedi 4 septembre 2010

Toponymie de Verviers

Une célèbre encyclopédie en ligne - qui pour beaucoup d’entre nous fait office de référence mondiale - nous livre deux étymologies contradictoires :
(1) « Le nom de Verviers pourrait provenir de l'anthroponyme Virovius, qui aurait donné le toponyme Viroviacus » (ndlr: ‘l’endroit du romain dénommé Virovius’, thèse détaillée plus loin).
(2) « L'élément ‘–viers’ se retrouve dans 3 communes du nord de la France : Louviers et Reviers (Normandie), ainsi que Grand-Laviers (Picardie). Il pourrait procéder de l'élément (celtique ?) ver/var, hydronyme assez commun ». Exemple : le Var, fleuve qui se jette dans la Baie des Anges à côté de l’aéroport de Nice, terre des Celto-Ligures. On retrouve aussi la racine ‘ver’ dans Warvick, ville d’Angleterre. Ladite racine se rattache au sanskrit vā́r et au tokharien wär « eau » (langues indo-européennes).
Dans Etudes étymologiques & linguistiques sur les noms romans et bas-allemands de la Belgique (1880), G. Bernaerts évoquait p. 316-317 la similitude de l’étymologie de Verviers avec celle de deux autres villes d’origine romaine : Vervoz (commune de Clavier) et Wervik/Wervicq-Sud (près de Mouscron, à cheval sur l'actuelle frontière franco-flamande).
Dans son Dictionnaire des noms de lieux en Wallonie et à Bruxelles (2005), Jean-Jacques Jespers avance que Verviers et Vervoz proviendraient tous deux de 'Viroviacus', mot gallo-romain composé de Verôvos (excellent, en celte) et -acus (terre, lieu), et signifieraient donc ‘très bonne terre’.
En ce qui concerne Verviers, cette thèse innove, les linguistes affirmant généralement que le suffixe ‑acus s’est adjoint au nom du propriétaire romain pour désigner son domaine : on dit qu’à l’origine, Verviers était le domaine de Virovius qui exploitait une ferme-villa sur l’emplacement actuel de la Place du Marché, la Summa Villa fondatrice de Verviers, à l’image du Palatin romain.
Wervik/Wervicq-Sud est nommée 'Viroviacum' par l’Itinéraire d’Antonin et 'Virovino' par la table de Peutinger. Wervik serait une des plus vieilles villes de Belgique ; sur la route romaine de Tournai à Kassel, elle figurait dit-on comme un lieu de repos. C’est là que la chaussée romaine traversait la Lys.


De son côté, Vervoz est nommée 'Vervigum' dans les textes chrétiens latins du Moyen-âge (862). Vervoz était située sur la route romaine reliant Dinant à Cologne.

A notre connaissance, il n’existe pas de document d’époque qui désigne Verviers sous le toponyme ‘Viroviacus’. Sous l’empire romain, Verviers était un obscur hameau. Aucune variante de Verviers n’apparaît non plus à l’époque franque, comme c'est le cas pour Wervik ('Viroviacensis'). Verviers n’apparaît qu’au XIIème siècle sur un document de l’Abbaye de Stavelot.

Ne doit-on pas s’étonner, si l’on accepte 'Viroviacus' (et sa variante en -acum) comme le nom porté sous l’empire romain par trois bourgs belges, que l’on puisse retrouver aux trois endroits un personnage romain nommé Virovius, suffisamment important pour qu’on parte de son patronyme pour nommer son domaine et plus tard son voisinage ?

En réalité, le sens du suffixe –acus est d’usage plus large qu’en référence à un propriétaire romain : le toponyme 'Andoliacus' (actuellement Andouillé près de Laval) en témoigne, qui a trait au mot celte « dol », signifiant ‘méandre’ ; de même, le mot celte 'condate' qui préside à la destinée de 26 Condé du nord de la France signifiait confluent (au Moyen-âge, on écrivait Condacum ; voir Kontich en Belgique, au confluent Rupel/Nèthe).

On remarquera avec amusement l’initiative consistant à considérer le Viroviacum de Wervik comme un hommage à un chef de village celte vaincu, Verovos dont l’existence reste mystérieuse.

Retenons, en oubliant l’imagination des faiseurs de légendes (bien que celle d’un futur Saint Remacle détruisant le temple de Diane sur la Place du Marché nous plaise particulièrement), que Verviers était certes un obscur hameau, mais que les Gaulois le désignaient déjà comme une excellente terre. Ce qui est du reste une pure vérité !

dimanche 29 août 2010

Cité lainière

Châteauroux, ville de 47.000 habitants, située au sud-est de Bourges, entre la Brenne et le Berry (ville d’enfance et de jeunesse de Gérard Depardieu), évoque Verviers à l’occasion des Journées du Patrimoine qui s’y dérouleront les 18 et 19 septembre prochain. Elle accueille une exposition itinérante, Châteauroux et les cités lainières d’Europe - découverte d’un patrimoine industriel commun : 14 villes drapières d’Europe sont illustrées par près de 700 photographies.
En 1856, Pierre Balsan, industriel héraultais, a créé à Châteauroux une industrie du drap de laine parmi les plus importantes - six hectares d'usine - et les plus modernes du pays. En 1910, les établissements Balsan occupaient 1200 travailleurs. L’usine a été fermée en 1982, la société transférée à 15 km de la ville ; reprise dans le groupe belge Associated Weavers (Renaix), l’activité est passée du drap (le « bleu horizon » militaire de la 1ère guerre mondiale) à la moquette de qualité.
L’industrie lainière de Châteauroux se voulait proche de la source. (L’Encyclopédie de Diderot mentionne : « Le Berry & le Beauvoisis sont de tout le royaume les lieux les plus garnis de bêtes à laine »).


On peut en dire tout autant de Verviers. L’Atlas des paysages de la Conférence Permanente du Développement Territorial (2007, Région wallonne) note : « A partir du 15e siècle, la fabrication et le commerce du drap prennent une certaine importance dans la vallée de la Vesdre, à Verviers et à Eupen. A cette époque, la laine provient de l’élevage des moutons qui parcourent les landes abondantes dans cette région. Utilisant la force motrice de l’eau et le charbon de bois des forêts voisines, des moulins à fouler la laine s’égrènent dans la vallée. Certains sont des anciennes forges transformées suite à une interdiction de forger des armes faite à la population par les ducs de Bourgogne. »
Après des siècles d’artisanat, sous Napoléon, l’industrialisation déferle sur Verviers, brisant le monopole anglais. Cette histoire nous est racontée par plusieurs auteurs : Antoine Gabriel de Becdelièvre-Hamal – 1836, Charles Ballot - 1923, Pierre Lebrun - 1948, Louis Bergeron - 1971, Claude Desama – 1985, Gérard Gayot - 2002, Eliane Gubin – 2006.
Quel aurait été le développement de Verviers et de ses environs si Henri Mali, représentant les intérêts de Marie-Anne Simonis (épouse Biolley) et son frère Iwan, n’avait pas, lors de son passage à Hambourg, montré de l’intérêt pour la proposition de William Cockerill, rencontré par hasard, qui avait déjà échoué à faire des affaires en Suède et en Russie ?
La proposition de William Cockerill visait à opérer une immense économie de main d’œuvre et de temps : « L’innovation technique qui a tout déclenché (ndlr : la technique était connue en Angleterre depuis longtemps), c’est l’assortiment de William Cockerill, cette combinaison de mécaniques, mue par la force hydraulique et opérationnelle à partir de janvier 1801, composée d’une machine à drousser (…) pour le cardage en gros et le mélange des couleurs, d’une machine à carder pour le cardage en fin, d’une machine à filer en gros (…), et de quatre machines à filer fin (…). Prix 12 000 F ». (Ndlr : la fortune de la famille Simonis à l’aube de la révolution industrielle est évaluée à 4 millions de francs).
Adriaan Linters rapporte que la machine à carder et la machine pour filature de gros remplacent chacune 24 ouvriers, les machines à filer fin remplacent chacune 24 ouvriers, soit une économie de 144 emplois. Gérard Gayot précise, page 11 de son passionnant article : « Pour un assortiment en fin, il faut 10 personnes, (…) un homme pour placer la laine sur la table (un drousseur), un homme pour filer en gros, trois garçons ou filles de 10 à 13 ans (…) pour mettre la laine cardée sur la machine à filer, 4 garçons ou filles de 16 à 18 ans (…) pour filer en fin, une aspleuse. Ces dix personnes, dont sept adolescents et enfants font le travail de 50 à 70 personnes ».
Vendue d’abord aux Simonis et aux Biolley en 1801, la machine se répandit parmi tous les drapiers, notamment grâce à James Hodson, gendre de William Cockerill. En 1810, Verviers était devenu le premier centre continental de la draperie cardée.


Jean Knott retrace la suite de l’histoire de la cité lainière : Verviers connut une reconversion à partir de 1850 en se spécialisant dans le traitement de la laine. L'expansion se fera de manière décisive après 1860, par l'exploitation de nouvelles ressources lainières venues d’Amérique du Sud, d’Afrique du Sud et d’Australie, et la mise au point de nouvelles technologies, plus particulièrement celles se rapportant à la préparation de laine avant transformation (le lavage, l'échardonnage, l'épaillage chimique ou carbonisage). En 1900, la production mondiale de laine était de 730.000 tonnes dont 110.000 tonnes étaient traitées à Verviers soit 15 % de la production mondiale. 1912 fut l'année record avec 112.000 tonnes de laine exportée, ce fut également la dernière ‘bonne année’. L’introduction des premiers détergents en 1910, qui ne nécessitent plus, comme pour le savon, l'utilisation d'eau douce, a eu raison petit à petit des atouts de la région en matière de qualité des eaux. Le traitement de la laine se fit sous d’autres cieux et la laine elle-même fit place à d’autres fibres.

mardi 24 août 2010

Un programme culturel intense pour la rentrée!

Ce samedi 4 septembre 2010, de 16 à 18 heures, l'Académie des Beaux-Arts de Verviers vous invite au vernissage de l'exposition 'Autour d'un Verre d'eau' (mais... il n'y aura pas que de l'eau!), qui nourrit la réflexion que nous mènerons sur la situation au Proche-Orient, avec une attention particulière portée à cette ressource essentielle qu'est l'eau. Formalim, centre de formation aux métiers de l'eau, partenaire dans cette activité, accueille chaleureusement cette exposition du 4 septembre au 1er octobre 2010, rue de Limbourg 41B à Verviers. L'exposition est riche en oeuvres de grande qualité, sélectionnées parmi les meilleures réalisations des "académiciens" !

Le dimanche 5 septembre 2010, rendez-vous à 10 heures 15 à la gare centrale de Verviers ou à 11 heures 50 au Parking B7 (Faculté de Droit) au Sart-Tilman, pour une visite guidée par Françoise Debauve, professeur d'Histoire de l'art à l'Académie des Beaux-Arts de Verviers. Les concepteurs du campus du Sart-Tilman innovèrent en introduisant l'art dans le quotidien ; nous découvrirons les expériences des plus grands noms de l'architecture et de l'art belge contemporain tels que Charles Vandenhove, Pierre Alechinsky ou Jo Delahaut.
Il est prévu que les verviétois seront à temps pour assister au Premier Dimanche du Mois au Musée des Beaux-Arts de Verviers, à 15 heures.

Le vendredi 10 septembre 2010 à 17 heures 30, vernissage des expositions "Paysages humains, Visages urbains", photographies du muraliste mexicain Adrian Jurado et de la photographe verviétoise Héloïse Vande Wiele et "Mural pour la Paix" du même Adrian Jurado.
L'exposition est réalisée grâce à la collaboration avec la Maison de l'Amérique latine à Bruxelles.
Le vernissage aura lieu à l'Espace Duesberg à Verviers en présence des artistes.
Des ateliers pour enfants de 5 à 10 ans auront lieu les dimanches 12, 19 et 26 septembre 2010 à 13h et à 15h30, sur réservation.
Paysages Humains, Visages Urbains est une sélection de photos sur la thématique urbaine, humaine et contextuelle de la Havane par deux artistes qui ont pour objectif de rendre compte de l’appropriation de l’espace public, lequel peut être converti en un prétexte pour créer l’art à partir de rien.
Ils aiment à combiner à leurs expositions d’autres formes d’expression artistiques, mises à contribution pour renforcer l’esprit d’appropriation, telle la danse urbaine.
Adrian Jurado pratique par ailleurs la peinture murale. Discipline caractérisée par le grand format, elle se distingue fondamentalement du graffiti, comme aime à l’expliquer l’artiste.
Avec la verviétoise Héloïse Vande Wiele, ils présentent un travail commun et une œuvre qui lui est complémentaire, fondés sur une même conscience de l’espace et de ses habitants.
Le Mural pour la Paix est une peinture portable de 10 mètres de long sur 2 mètres de haut, inspirée par la guerre en Irak, retravaillée cet été en vue de son exposition à Verviers.
Adrian Jurado évolue sans cesse, livrant une production artistique techniquement des plus intéressantes, mêlant un faisceau d’influences allant de la fresque au cinéma, inspirée des grands sujets de préoccupation de l’humanité (guerre, souffrance) ou sociaux (consommation, solitude). Ses derniers travaux l’ont mené à s’intéresser davantage aux lieux, à l’emprise du temps, aux évolutions de nos paysages urbains.
Il ne faut rater sous aucun prétexte la possibilité offerte aux verviétois(es) de dialoguer avec les deux artistes, car s’ils expriment l’essentiel au travers de leur art, ils expliquent de façon captivante leur conception d’un art engagé.